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Toquata, l'actualité culinaire commentée par Chef Paul.

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Canicule : comment gérer un restaurant, sa clientèle, sa carte et sa cuisine ?

Libération rapporte les difficultés rencontrées par les restaurateurs français lors des fortes chaleurs de l'été 2026, la canicule perturbe directement la fréquentation des établissements et pèse sur leur chiffre d'affaires.
Certains clients demandent, avant même de réserver, si le restaurant est climatisé et souvent renoncent lorsque la réponse est négative.
La baisse du nombre de couverts oblige de nombreux établissements à repenser leur fonctionnement pendant les périodes de très forte chaleur, l’équipement et le personnel en souffrent, face à cette situation, les professionnels commencent à modifier leur organisation.
D’après Libération dans la mesure du possible certaines cuissons sont réalisées le matin et les équipes peuvent également adapter leur tenue de travail (suppression d’uniforme).
L'article pose une question qui peut être formulée ainsi : les restaurants doivent-ils désormais intégrer les épisodes de fortes chaleurs dans leur manière de travailler et dans leur offre ?
Source : Liberation 14/08/2026 — Lou Portelli
Le regard du chef

La chaleur change-t-elle déjà la façon dont on doit penser un restaurant ?

Il y a quelques années, la climatisation dans un restaurant pouvait être considérée comme un confort supplémentaire, aujourd'hui, dans certaines périodes de très forte chaleur, elle devient un élément déterminant du choix du client, qui choisit son restaurant en fonction de l'expérience qu'il va y vivre.

Le problème ne concerne pas uniquement la climatisation de la salle, les cuisiniers, commis, plongeurs travaillent derrière un four, une friteuse ou leur « piano » (Terme pro désignant principalement les surfaces de cuisson) ou avec le lave-vaisselle, ce pendant plusieurs heures dans une chaleur qui ne s’évacue pas et devient difficilement supportable.

Il faut donc commencer à penser à une cuisine basculable en mode « été »
La « nouvelle chaleur » va insuffler aux chefs des idées de créations et favoriser davantage les préparations froides : salades composées fortement travaillées, palette de légumes, céréales et graines servies froides. Même fil de pensée pour servir les poissons et fruits de mer, volailles ou viandes froides, terrines…

Il y a également une formidable opportunité du côté des desserts, des glaces et des sorbets. Un sorbet à la tomate-basilic-cardamome peut surprendre, mais c'est justement le rôle du cuisinier : transformer une contrainte en proposition. On peut imaginer le même travail autour de certains légumes, des herbes fraîches et d'associations que l'on ne pense pas spontanément à utiliser dans une préparation glacée.

Une cuisine professionnelle qui devient extrêmement chaude n'est pas simplement inconfortable

. C’est une cuisine qui posent des problèmes d'ergonomie, de sécurité et de santé au travail. L'extraction doit être suffisamment efficace, mais extraire l'air chaud sans apporter d'air neuf correctement traité ne suffit pas. Des systèmes d'apport d'air compensé ou de rafraîchissement adaptés aux volumes professionnels peuvent permettre de rendre certains postes plus supportables.

Les équipements modernes permettent de réduire une partie des dégagements thermiques. L'induction, par exemple, ne supprime pas toute chaleur, mais elle évite une partie des pertes d'un équipement qui chauffe l’environnement.

L'organisation du travail doit elle aussi changer ?

Envisager un mode de rotation des postes afin qu'un salarié ne reste pas pendant plusieurs heures devant le même équipement particulièrement chaud.
Pour ce faire prévoir des formations multi-postes qui seront adaptées a chaque établissement.
Envisager une pause permettant à un salarié de récupérer dans un espace plus frais n'est pas du temps perdu, elle devient une mesure de prévention.

Il n'existe évidemment pas une solution unique, mais plusieurs pistes peuvent être combinées :

Améliorer l'extraction et l'apport d'air neuf.
Rafraîchir prioritairement certains postes de travail.
Organiser des rotations sur les postes .
Limiter les équipements fortement émissifs lorsque des alternatives sont pertinentes.
Adapter temporairement la carte, développer davantage les préparations froides.

Prévoir de véritables temps et espaces de récupération.

Anticiper : la chaleur caniculaire devient un nouveau paramètre du métier. Attendre la prochaine canicule pour chercher une solution, c'est avoir plusieurs semaines de retard.

Une carte d'été ne se définira plus seulement par les produits disponibles ou les habitudes saisonnières, mais également par la température à laquelle on doit pouvoir la produire et la consommer.