Toquata

Toquata, l'actualité culinaire commentée par Chef Paul.

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Les violences en cuisine amènent une reconsidération de la gestion des ressources humaine

Les témoignages d'anciens cuisiniers, les enquêtes journalistiques (Le Monde, France Travail, Food & Sens) et les prises de position de plusieurs chefs renommés tels (Arnaud Lallement, Éric Guérin, Thierry Marx entre autres...) mettent en lumière une réalité longtemps restée à l’écart : les violences physiques ou verbales, les humiliations, la pression permanente et les conditions de travail particulièrement exigeantes qui peuvent exister dans certaines brigades de cuisine.
Longtemps considérées comme faisant partie de « l'apprentissage », ou de la dure réalité du métier, ces pratiques sont aujourd'hui largement remises en question.
Les récentes évolutions du restaurant Noma à Copenhague, les débats suscités par l'émission « Complément d'enquête », ainsi que les difficultés de recrutement maintenant rencontrées par l'ensemble du secteur montrent que cette réflexion dépasse largement le comportement d'un chef ou d'un établissement.

Désormais, un modèle qui a permis à la haute gastronomie de devenir une référence mondiale, pourrait être à reconsidérer. La question est celle de l'évolution de la haute gastronomie dans son ensemble
Source : Le Monde 17/03/26 — Léo Pajon
Le regard du chef

La haute gastronomie doit-elle réinventer son modèle ?

Pendant des décennies, les grandes maisons étoilées ont construit et continuent de construire leur réputation sur une exigence absolue : la recherche de la perfection, la précision des gestes, le rythme des services et la discipline des brigades font partie intégrante de cet univers.
En tant que chef j’ai formé des apprentis, violences jamais, exigences oui, pour répondre aux aspirations des clients du restaurant et apprendre a l’être avec soi-même. Mais le monde a changé, et la façon de se comporter de chacun a évoluée.
Les nouveaux entrants devraient peut-être être pré-qualifiés sur leur capacité à accepter ce qui est raisonnablement attendu d’eux, tout comme les établissements devraient s’interroger sur ce qu’ils peuvent raisonnablement attendre de ces nouvelles générations.
Pourtant cette exigence doit continuer d’exister, donc comment créer cet équilibre entre la somme des exigences de la haute restauration et ce que recherchent les nouvelles générations : davantage d'équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle.

Les métiers de la restauration rencontrent des difficultés de recrutement, alors même que la gastronomie bénéficie d'une visibilité sans précédent grâce aux médias, aux réseaux sociaux et aux émissions culinaires. Cette situation peut sembler paradoxale.
Il serait trop simple de réduire cette évolution à quelques chefs ou à quelques établissements. La véritable question est peut-être ailleurs : le modèle historique de la haute gastronomie, construit autour d'une recherche permanente de l'excellence, est-il encore compatible avec les attentes des femmes et des hommes qui choisissent aujourd'hui ces métiers ?
L'excellence culinaire restera toujours indispensable. Les étoiles Michelin continueront sans doute de faire rêver les chefs du monde entier. Mais l'excellence ne peut probablement plus être évaluée uniquement à la qualité des assiettes. Elle devra également s'exprimer dans la manière de former, d'accompagner, de fidéliser et de faire évoluer les brigades.
La gastronomie française s'est toujours distinguée par sa capacité à innover. Elle a su faire évoluer ses techniques, ses produits, ses approches culinaires et son rapport aux clients.
Peut-être est-elle aujourd'hui appelée à faire évoluer un autre savoir-faire : celui du management « assaisonné » de nouveau ingrédients tels : quelques « cuillères » de souplesse et de quelques « pincées » de flexibilité d’horaire et jours de repos consécutifs rendu possible par exemple en fermant l’établissement dimanche et lundi.
Pour que cette recette soit réalisable, la clientèle devra aussi faire preuve d’un peu plus de flexibilité, pour accepter ces changements.
Des études de rentabilité pourraient permettre de trouver comment avoir une rentabilité acceptable sur 5 jours d’ouverture, sachant a l’avance que 5 jours fixes se traduiront par une masse salariale moins importante.
Je pense qu’il ne s’agit pas seulement de revoir un modèle établi, mais d’être capable de comprendre que le mode de vie et les espoirs des nouveaux arrivants dans le métier ne sont plus les mêmes qu’il y a 30 ou 40 ans.
Car une cuisine d'exception ne repose pas uniquement sur le talent d'un chef, c’est un partenariat avec les femmes et des hommes passionnés qui choisissent de consacrer leur vie à cet art.
La prochaine révolution de la haute gastronomie se jouera autant dans le management des ressources humaines que dans le contenu des assiettes.

Sources :
• Food & Sens – Complément d'enquête : chefs influenceurs, violences en cuisine et crise du modèle gastronomique — analyse du débat sur les violences en cuisine et l'évolution du modèle gastronomique.
• Le Monde – Les violences en cuisine, plaie de la restauration gastronomique — mise en perspective des révélations et de leur impact sur la profession.
• France Travail – Enquête BMO 2026 — données sur les difficultés de recrutement dans l'hôtellerie-restauration.
• France Travail – Baromètre des métiers en tension — chiffres détaillés sur les métiers de cuisinier, serveur et aide de cuisine.